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Arthur & Théodore ~ samedi 12 décembre 2009
jeudi 17 mai 2012, 03h49
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Dimanche 6 mai 2012

Vive l’amitié entre France et Hollande !

Classé dans: ~ Tom @ 23:35

— depuis un paisible exil fiscal prêt à accueillir toute la richesse de France
Drapeaux de Hollande et de France

Qui a dit que les Français n’aimaient plus l’Europe ? Il y a cinq ans, ils ont voté Hongrie. Aujourd’hui, ils plébiscitent Hollande. Quel bel exemple d’amitié entre les peuples !

Ce que j’aime dans les victoires de la gauche, c’est cette impression de ferveur populaire spontanée qui en émerge. Un côté anarchique et libertaire vaguement intimidant, mais dans le fond jubilatoire. On ne peut guère en dire de même des succès de la droite, qui semblent, comment dire ?… plus formalisés, guindés, compassés. Prenez au hasard la fête de Sarkozy en 2007, le péché originel qui plonge aujourd’hui la droite en pénitence. On ne peut pas dire que le Fouquet’s ait une touche très popu, mais plutôt bien people. Quand aux “Jeunes Pop", comme s’appellent eux-mêmes les jeunes loups de l’UMP, bien propres sous leurs polos Lacoste, leurs jupes plissées (car il y a aussi des filles) et leurs barrettes dans les cheveux, ils ont toujours l’air de sortir de la kermesse paroissiale. Et puis incontestablement, Yannick Noah à la Bastille, ça a quand même une autre gueule que Mireille Mathieu à la Concorde.

Ce qui m’amuse aussi, en ce soir de scrutin, c’est la soudaine promotion des partisans du MoDem, dans un sensible appel du pied de la gauche. On a pas mal entendu le mot “humaniste” dans différentes bouches socialistes, remerciant ceux-ci d’avoir fait le bon choix. Les supporters de Bayrou sont donc passés en quelques heures du stade de “centristes” (malgré tout clairement connoté à droite) en “humanistes", appellation nettement plus flatteuse car porteuse de lumière et de belles idées. Une manière d’attirer le centre droit un peu sur sa gauche, et ainsi de préparer le 3ème round des législatives. En effet, qui n’aime pas se voir qualifier d’"humaniste” ? À part le FN, je ne vois pas.

Un détail m’échappe : ce soir, devant la scène de la Bastille, on voyait de nombreux drapeaux fendre joyeusement l’air, des emblèmes d’un peu partout sur la planète. Outre les inévitables drapeaux rouges, roses, bleus à douze étoiles dorées, et bien sûr tricolores, j’ai aperçu entre autres les couleurs de l’Irlande, de l’Italie, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, de la Guinée, du Maroc, de la Tunisie, de la Syrie, de la Palestine, du Chili, et même du Pérou. Bien sûr, la gaie bannière arc-en-ciel flottait également dans le ciel parisien. Mais curieusement, parmi tous ces pavillons chamarrés, personne ne pensait à agiter peut-être le plus évident entre tous : celui de Hollande.

PS. Pendant ce temps-là, à la frontière franco-suisse, les files d’attente s’allongent…
Bouchon de Ferrari à la frontière franco-suisse

Mardi 1er mai 2012

« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »

Classé dans: ~ Tom @ 1:17

— depuis un pays neutre

Nous connaissions le 21 avril 2002, nous avons maintenant le 22 avril 2012. Tous les dix ans, le spectre hideux ressurgit des égouts où on aurait dû le reléguer depuis longtemps. Mais il est encore fertile, le ventre d’où est sortie la bête immonde. Souhaitons qu’un Bertolt Brecht français n’aura jamais à écrire “La Résistible Ascension de Marine Le Pen”.

La blondasse a fait mieux que son père, sans nul doute. Non seulement elle récolte un million de voix de plus, mais elle se place sur la troisième marche du podium, celle dont rêvait secrètement son patriarche. Le vieux pouvait bien fanfaronner de sa qualification pour le deuxième tour, au fond de lui il savait que la partie était déjà jouée. Chirac a alors eu beau jeu de lancer un appel solennel au front républicain pour contrer l’extrémisme, évoquant la patrie en danger. Mais le seul qui était en danger, c’était bien lui, avec toutes les casseroles qu’il avait au cul. Incroyable retournement de situation : un président que tout le monde, après la dissolution de 1997, disait fini, mort et enterré, se retrouve réélu avec plus de 80% des suffrages. Et tout ça grâce à son pire ennemi, le fasciste vitupérant, qui n’aura d’autre choix que de contempler sa cuisante défaite.

Dix ans plus tard, la situation a bien changé. Cette fois-ci c’est la grosse vache qui est maîtresse du jeu, forte de sa troisième position d’outsider. Là, nul risque de se prendre une volée à 18% au deuxième tour. Au contraire, pour capter ses électeurs, Sarkozy lui fait du pied comme jamais : les petites phrases commencent à fleurir à droite pour gentiment s’acoquiner les thèses nauséabondes du FN. Et elle, bien sûr, se marre comme une baleine, car comme tous ceux de son espèce, elle adore qu’on lui lèche les pieds.

Un fait ne lasse pas de me surprendre : depuis le soir du premier tour, je n’ai entendu aucun commentateur faire le lien entre ce score effrayant et l’affaire Mohammed Merah. Il me semble pourtant que le sentiment d’insécurité et la haine de l’autre qu’ont engendré ce fou furieux doivent parfaitement se cristalliser dans le vote FN.

En tout cas, il y a dix ans jour pour jour, avec mon ami Denis, je défilai dans les rues de Paris entre République et Nation, au cœur d’un gigantesque cortège de plus d’un million de personnes. Je me souviens encore du défilé parallèle organisé par le Groland et sa bande d’énergumènes, les Jules-Edouard Moustic, Michael Kael, Francis Kuntz et l’inénarrable Président Salengro. Dans une joyeuse anarchie, ils allaient à contre-sens, scandant des slogans comme “La France aux Grolandais !” ou “Le Pen, gros patapouf !". Pour ma part, je m’étais aussi confectionné ma petite banderole, nettement plus classique, que voilà. J’espérais ne pas avoir à la ressortir un jour.

Non au FN

Mercredi 11 avril 2012

Le syndrome du n°2

Classé dans: ~ Théodore @ 0:58
— devant ma première bougie

Dur dur d’être un bébé, comme dit la chanson. Surtout dur dur d’être un bébé n°2 avec un grand frère comme le mien. Arthur n’arrête pas de me traiter comme un de ses doudous. Il se jette sauvagement sur moi, son bidon bien en avant, dans le but avoué de m’étouffer sous sa masse terrifiante de 13 kilos. Évidemment moi je m’étouffe, mais de rire, pasqueu en général il vise pas bien.

J’imagine que, depuis que l’homme est homme et le bébé bébé (qu’est-ce que je parle bien, moi ! enfin, c’est une image : je ne parle pas, je lance juste quelques “DA!” bien sentis), c’est le lot de tout petit frère d’être le souffre-douleur de son persécuteur d’aîné. Ça laisse des séquelles, si j’en juge par l’état de mon papa, le pôôôvre : lui aussi est un malheureux n°2. (Mais comme il y a un n°3, il a pu se venger.)

Le bon côté, c’est que Grand Frère me montre la voie : tenir sur deux jambes, marcher, courir, grimper partout, le tout en débitant un vocabulaire de plus en plus étoffé. Pour l’instant je subis certes, mais aussi je regarde, je contemple, j’admire, je dissèque, j’enregistre, j’emmagasine. Et quand j’aurai maîtrisé tout ça, je pourrai enfin répliquer à ses “NON THÉO !” tonitruants. Non mais.

En tout cas aujourd’hui c’est mon anniversaire, alors ma défense s’organise. Dans le match Arthur-Théodore, le score n’est plus de 2-0, mais 2-1. Peut-être un jour j’aurai plus de points que lui ?

Dimanche 1er janvier 2012

… et surtout la santé !

Classé dans: ~ Tom @ 0:49

Walà, tout est dans le titre.

Bonne année 2012 !

Jeudi 30 juin 2011

J’aime pas les chats

Classé dans: ~ Tom @ 23:47

— jardin des Semailles, théâtre d’une cruelle tragédie

En fait si, j’adore les chats, je trouve que ces créatures sont sur notre planète l’adaptation la plus réussie d’un fauve à son environnement. Mais depuis ce matin, je n’aime plus les chats. Depuis que j’ai découvert le nid en bas de l’arbre.

Cela fait plusieurs semaines que, depuis notre salon, nous observons les allers et venues d’un merle et d’une merlette. Le couple s’est d’abord échiné à construire un beau nid bien rond, enfoui en sécurité dans les frondaisons de notre glycine. Ensuite Monsieur s’est mis à chanter ses gais monologues au sommet des arbres, tandis que Madame restait tapie à couver ses œufs. Et ces derniers jours, trois petits becs affamés en sont sortis. Les navettes sont dès lors devenues incessantes : les merles revenaient au nid le bec chargé de beaux petits lombrics bien juteux, pour repartir en chasse quelques secondes plus tard. Le manège durait depuis l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, soit relativement tard en cet équinoxe d’été. Et comme c’est l’heure où nous, exténués et affalés sur le canapé, avions fini par réussir à coucher notre progéniture, nous ne nous lassions pas d’admirer ces infatigables parents.

Alors quand ce matin j’ai vu le nid vide à terre, une immense compassion m’a envahi pour ce couple dont les incessants efforts ont été réduits à néant par le caprice d’un chat même pas affamé. (Si seulement les chats étaient végétariens… ils pourraient s’en prendre à nos abricots, mûrs et goûtus à souhait, sans que je ne dise rien.)

PS. Ceci dit, j’accuse peut-être un peu vite les chats. Un dangereux psychopathe pervers est actuellement en cavale dans le Jura suisse : c’est peut-être lui qui s’en est pris à mes oisillons.

~ les photos du jour ~
Délices d'abricots Feu le nid des merles

Jeudi 19 mai 2011

Coup de tonnerre à Manhattan

Classé dans: ~ Tom @ 2:01

Coup de tonnerre à Manhattan

“Coup de tonnerre", l’expression est de Martine Aubry. Je ne sais pas si elle y a pensé en disant cela, mais en effet l’affaire pourrait être le french remake de “Coup de foudre à Manhattan”. Souvenez-vous, dans cette gentille petite comédie une modeste (mais ambitieuse) femme de chambre croise dans un grand hôtel new-yorkais un puissant (mais faillible) homme politique, qui se méprend sur son statut social et s’éprend d’elle. D’ailleurs, comme en clin d’œil prémonitoire, lors du briefing matinal des femmes de chambre on les met en garde à propos d’un client “très porté sur la chose” — ce qui ne les effraie guère : le monsieur, nu dans sa salle de bain (tiens tiens), n’a visiblement pas de quoi impressionner ces dames.

Évidemment, on est dans un film hollywoodien, le happy end est de rigueur. Mais rien ne dit que pour DSK la fin sera aussi fleur bleue. C’est simple, on se croirait dans une série télé servie par un scénario digne de Scorsese. Pour l’instant, nous avons eu droit à tous les poncifs du genre : arrestation on the fly in the plane, comparution immédiate entre délinquants ordinaires dans un tribunal de Harlem, inculpation expéditive encadrée par les flics, incarcération express sur la riante Rikers Island. En quelques heures, du palace au pénitencier, du Fonds Monétaire aux bas-fonds menotté. Franchement, là, je ne le vois pas le happy end.

PS. [et ce n’est pas pour Parti Socialiste] Un clic sur l’image permet de découvrir la vérité vraie — mais pas toute nue : on risque des procès pour ça.

Mardi 10 mai 2011

C’était bien aussi la vie avant

Classé dans: ~ Tom @ 1:59

Si vous aimez les grasses matinées
Si vous aimez les siestes crapuleuses
Si vous aimez les après-midis farniente
Si vous aimez les nuits tranquilles
Si vous aimez une maison propre en ordre
Si vous aimez un jardin tiré au cordeau
Si vous aimez négliger les dangers domestiques
Si vous aimez monter les escaliers sans portillons
Si vous aimez ne pas répéter vingt fois la même chose
Si vous aimez cuisiner de bons petits plats
Si vous aimez dîner tôt
Si vous aimez les dîners au resto
Si vous aimez sortir boire un verre
Si vous aimez vous trémousser dans les concerts
Si vous aimez vous déhancher dans les festivals
Si vous aimez visiter les musées
Si vous aimez vous payer une toile
Si vous aimez regarder un film d’une traite
Si vous aimez dévorer un bouquin
Si vous aimez enchaîner les longueurs de piscine
Si vous aimez écrire des billets sur votre blog
Si vous aimez les jeux vidéo
Si vous aimez le jeu de rôle
Si vous aimez passer un week-end entre amis
Si vous aimez vous promener en Normandie
Si vous aimez voyager léger
Si vous aimez voyager loin
Si vous aimez les balades en forêt
Si vous aimez les randonnées en montagne
Si vous aimez les moments contemplatifs

Alors NE FAITES PAS D’ENFANTS.

(Par contre, si vous aimez le piment de la vie, alors faites-en. Plein.)

Lundi 11 avril 2011

Don des dieux

Classé dans: ~ Tom @ 0:58

— Delémont, Jura

THÉODORE
est né le 11 avril 2011 à 0h58.

11.4.11 pour Théodore, 9.11.9 pour son frère Arthur : quelle belle harmonie numérique ! Le prochain ne pourra naître, c’est sûr, que le 12.12.12 !

Contrairement à Arthur, qui était pressé de sortir dix jours plus tôt que prévu, Théodore a pris son temps et bien profité du doux ventre hospitalier de sa maman : il est resté six jours de plus. Ça se remarque au niveau mensurations : 3.640 g et 52 cm — belle bête.

Une petite note sur l’étymologie du prénom : la forme originale est Théodôros de Theós, « Dieu » (θεός), et dōron, signifiant « don » (δώρον). Matthieu en est son équivalent en hébreu. Théodore peut être un prénom féminin, mais reste rare ; sa version féminine Dorothée est nettement plus répandue (et Dorothée peut être masculin également).

Mais loin de ces considérations linguistiques, j’avoue que lors du choix du prénom me trottait dans la tête la chanson suivante :

On s’ennuie tellement

Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Marcher dans les pierres
Marcher des journées entières
Marcher dans le désert
Dormir dehors
Couché sur le sable d’or
Les satellites et les météores
Dormir dehors
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme
Un petit gobelet d’aluminium
Il faut un minimum
Si loin de la nature ici
Le cœur durcit
On est si loin de l’air
On est si loin du vent
Si loin du grand désert
Si loin de l’océan

Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Si loin de la nature ici
Le cœur durcit
Chercheur de trésor
De brindilles et de phosphore
D’amour humaine et d’effort
Chercheur de trésor
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme
Un petit gobelet d’aluminium

On s’ennuie tellement

Alain Souchon, La Vie Théodore

~ les photos du jour ~
Première tétée Bien au chaud THÉODORE !!! Vite un petit bonnet ! Première rencontre entre frères

Vendredi 1er avril 2011

À la recherche du temps perdu

Classé dans: ~ Tom @ 1:57

— Canton du Jura, 3,5% de chômage

M. Proust me pardonnera : je pourrais me mettre à pleurer comme une de ses madeleines, car aujourd’hui est mon premier jour sans emploi (et ce n’est pas un poisson d’avril). Suite à une discussion avec mon patron en janvier dernier, j’ai décidé d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs. Après six ans de bons et loyaux services, il était temps pour moi de changer un peu d’air et de découvrir autre chose. Donc démission, 2 mois de délai de congé, formation de mon remplaçant, pot de départ. Dans l’intervalle, ceux qui apprenaient la nouvelle ouvraient des yeux ronds en me demandant : “Tu as déjà trouvé quelque chose ?", comme s’il était insensé de quitter un job sans en avoir un autre dans la manche. Seuls mes frères ont compris ma décision en résumant ainsi : “Quand il faut, il faut.” J’aime cette concision lapidaire.

Or doncques commence maintenant ma recherche d’un nouveau boulot. Qui dit boulot dit temps passé à travailler pour autrui — donc temps perdu (d’où le titre, merci Marcel). Et l’agence suisse pour l’emploi ne badine pas avec le sérieux de cette recherche : les contrôles permanents exercés sur ses chômeurs font passer le Pôle Emploi pour un tranquille Club Med.

Mais ma première tâche, prioritaire sur toute autre, va être d’aider Carine à accueillir notre deuxième petit bébé. Et avec un Arthur dans les pattes, c’est sûr, deux parents à plein temps ne seront pas de trop !

PS. Ami futur employeur qui lit ces lignes, sois assuré que chez toi je ne perdrai pas mon temps ! ;-)

~ la photo du jour ~
Echographie de bébé n°2

Vendredi 18 mars 2011

Fukushima mon amour

Classé dans: ~ Tom @ 1:58

PAUVRES IMBÉCILES

     Naron, qui appartenait à la race rigellienne à longue vie, était le quatrième de sa lignée à tenir les dossiers galactiques.
     Il avait le grand livre qui contenait la liste des nombreuses races qui, dans toutes les galaxies, possédaient une intelligence, et le livre bien plus petit où étaient inscrits les noms des races qui avaient atteint la maturité et s’étaient qualifiées pour la Fédération Galactique. Dans le premier livre, un certain nombre de celles qui étaient enregistrées étaient barrées; celles qui, pour une raison ou une autre, avaient échoué. Le malheur, les imperfections biochimiques et biophysiques, l’inadaptation sociale avaient prélevé leur droit de passage. Dans le petit livre, pourtant, aucun membre enregistré n’avait été jusqu’à présent barré.
     Et maintenant, Naron, grand et incroyablement âgé, levait la tête, alors qu’approchait un messager.
— Naron, dit le messager. Grand Naron !
— Bon, bon, que se passe-t-il ? Pas tant de cérémonies.
— Un nouveau groupe d’organismes a atteint la maturité.
— Excellent, excellent. Ils évoluent rapidement maintenant. Il ne se passe guère d’années sans qu’il y en ait un nouveau. Et qui sont ceux-là ?
     Le messager donna le numéro de code de la galaxie et les cordonnées du monde en son sein.
— Ah ! oui, dit Naron. Je connais ce monde.
     Et d’une écriture élégante, il le nota dans le premier livre et transféra son nom dans le second, se servant, comme d’habitude, du nom sous lequel la planète était connue de la plus grande fraction de la population. Il écrivit : Terre.
— Ces nouvelles créatures, dit-il, ont établi un record. Aucun autre groupe n’est passé si rapidement de l’intelligence à la maturité. Pas d’erreur, j’espère.
— Non, monsieur, dit le messager.
— Ils possèdent bien la puissance thermonucléaire, n’est-ce pas ?
— Oui, monsieur.
— Bon, c’est le critère, gloussa Naron. Et bientôt leurs vaisseaux partiront en expédition et contacteront la Fédération.
— Actuellement, Grand Naron, dit le messager, les observateurs nous disent qu’ils n’ont pas encore pénétré dans l’espace.
     Naron était stupéfait.
— Pas du tout ? Pas même une station spatiale ?
— Pas encore, monsieur.
— Mais s’ils possèdent la puissance thermonucléaire, où donc font-ils leurs expériences et leurs explosions ?
— Sur leur propre planète, monsieur.
     Naron se leva et, du haut de ses six mètres, il tonna :
Sur leur propre planète ?
— Oui, monsieur.
     Naron sortit lentement son stylo et fit un trait sur la dernière adjonction dans le petit livre. C’était un acte sans précédent, mais Naron était très sage et pouvait voir l’inévitable tout aussi bien que n’importe qui dans la galaxie.
— Pauvres imbéciles, murmura-t-il.
Isaac Asimov
29 juillet 1957

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